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LE MARTEAU - HAUTE SAVOIE

Accès : depuis le Plateau d'Assy, rejoindre Plaine Joux par la D 43 puis par une route carrossable on rejoint Ayères des Pierrières (1641 m.), puis remonter le chemin du Col du Dérochoir qu'on abandonne après avoir évité une première barre ; ensuite, traverser "au mieux" vers le pied de la voie (1h.30).

Descente : descendre vers l'ouest ; ne pas s'engager dans la première brèche mais remonter vers l'arête, dans l'axe du Vallon de Salles, jusqu'au Col du Dérochoir, équipé de corde fixe versant Ayères.

Matériel : contrairement aux bruits qui courent, la voie est plutôt bien équipée et nous n'avons rien eu à rajouter sauf quelques friends/coinceurs dans les premières longueurs. Vous n'éviterez pas les ficelous pourris, boulons rouillés, pitons douteux et chevilles à moitié enfoncées ; il est donc prudent de prévoir "en cas" quelques spits et plaquettes/boulons de 8 mm, tamponnoir, marteau et clé de 13 mm. Un baudrier confortable s'impose, à la rigueur une petite sélette légère, une vingtaine de dégaines, petites sangles pour "cravater" et grands anneaux. Deux étriers par personne, un casque et deux brins de quarante-cinq mètres au moins compléteront votre panoplie. N'oubliez pas l'Opinel pour remplacer les anneaux douteux.

Itinéraire : démarrer du couloir qui borde le Marteau sur la droite, directement jusqu'à une zone de terrasses (4+/5, rocher délité), R1, puis traverser jusqu'à la base, à gauche de la bougie, 4, R2. Le cheminement est maintenant évident, 5+/A1 sur 30 m.,;puis deux petites longueurs en A1/A2 amène au départ du Toit que l'on traverse, A2, dans sa plus grande longueur ; puis 5/A1 sur deux longueurs jusqu'à la sortie.

Le conseil de Papy Guidos : Il est recommandé d'avoir "le pied alpin" pour traverser les pentes de terre schisteuse qui font suite : à ne pas sous-estimer ...

Commentaires :
Au pied de la paroi, nous trouvons assez facilement le départ de la voie ; la qualité plus que douteuse du rocher environnant nous conduit tout naturellement vers la "ligne de faiblesse" la plus évidente. "T'y vas ou j'y vais ?" "Comme tu veux !"

Cette petite marche a fait monter le taux d'endorphines et m'a donné l'envie d'en découdre. Je me lance et retrouve bientôt des sensations oubliées où chaque mouvement est soigneusement préparé, chaque appui de pied particulièrement stable, chaque prise longuement étudiée avant d'être utilisée, où le moindre doute implique la pose d'une protection, coinceur ou friend; une escalade en 4+/5, tout en fluidité et concentration, relais.

Nous évitons de trop regarder ce p... de toit qui prend des proportions de plus en plus imposantes. Concentrés sur l'instant, nous enchaînons les mouvements et les longueurs en A1/A2. Quand soudain, un fracas inidentifiable me plaque instinctivement contre le rocher : "ouah, le con !"c'est un "base-jumper" qui vient de se jeter du haut de la falaise, sa voile en se déployant déchire le silence qui nous entoure, sensation indescriptible, il est déjà loin ... Trois autres suivront à intervalles irréguliers. Les premiers chutent sans un mot, le dernier laissera échapper, au gonflage, un hurlement libérateur : un autre monde ...

Mais le dévers augmente de plus en plus en même temps que cette tension intérieure dont je n'arrive pas à me départir. Un ficelou pourri, et quelques boulons rouillés plus tard, nous voilà au départ du Toit : 40° au-dessus de l'horizontale, une lignée de spits évidente, "putain, il manque une plaquette !" : pensée exprimée à voix haute plutôt que réalité objective ... "J'aurais jamais assez de matos pour sortir...", "... surtout, tu ne fais pas relais au milieu !". Je refuse absolument d'envisager la possibilité de rester pendu au plafond sur 4 malheureux spits de huit millimètres, qui d'ici semblent indiquer un emplacement de relais ... Surtout que j'ai toujours entendu dire qu'un spit planté tête en bas est certainement moins solide ... Bon d'accord ! Je remarquerai en passant que les spits en question sont en dix millimètres et tout neufs, mais ce n'est pas une raison ... Le passage s'avérera plus rude que prévu. Débutants en la matière, nous nous épuisons en mouvements inutiles pour gagner quelques malheureux centimètres. Puis, au prix d'une énergie phénoménale, il faut s'étendre jusqu'au prochain spit, "... mais, comment y s'ont fait pour les planter si loin ... ". Pendule contrôlé, puis récupération : exténué, je tournoie comme un sac sous mon spit ... J'ai le tournis ... Il est où le prochain spit ?

le conseil du guidos : quand vous progressez brin par brin, veillez à bien séparer les deux brins de cordes et à éviter les torons qui peuvent rendre la situation rapidement inextricable pour le second de cordée .

... Bref ! le retour à la verticale sera un soulagement non dissimulé. Du relais, au bord du toit, l'impression de vide est extraordinaire... Quant à imaginer le saut des "base-jumpers", c'est quasiment insupportable ...

Michel Bordet