Les Drus Roger Frison Roche l'Everest  




1963 - 28 et 29 juillet ---------- Première en solo de la face ouest
Réné Desmaison


"La face ouest des Drus a été gravie pour la première fois en solitaire - c'est un des grands exploits du genre - par le guide René Desmaison, 28 et 29 juillet 1963." C'est ainsi que la chronique de la revue du Club Alpin Français présente cette ascension, ressentie, à l'époque, comme une véritable prouesse tant physique que morale, par tous les professionnels de la montagne.

Première nuit au pied de la face : piètre bivouac que celui au cours duquel vous entendez les pierres rebondir en ricochant sur la paroi, à deux pas de votre duvet ! Enfin, le jour se lève. "Cinq heures. Je franchis la difficile rimaye et pénètre dans le sombre couloir où s'accrochent encore quelques lambeaux de nuit. (...) Sans plus attendre, je commence l'escalade du couloir. (...)A 6 heures, j'atteins les terrasses supérieures. Trois cents mètres en une heure quinze, la forme est bonne. La rapidité de ma montée me permet de penser que je serai au sommet le soir."

les Drus
les Drus

Malheureusement, le guide sera bientôt retardé dans son horaire par la présence d'autres cordées qui sont engagées dans les passages très difficiles. Impossible de passer à côté : il faut attendre que le passage soit libéré. Puis d'autres ennuis s'accumuleront. La corde, au bout de laquelle pend le sac, restera prisonnière à plusieurs reprises dans des fissures, obligeant l'alpiniste à redescendre une fois, deux fois, trois fois pour la décoincer.

A 11 heures, il est au bas du mur de 40 mètres : un passage vertigineux où l'auto-assurance est nécessaire. Prudence bien placée car le coin de bois, trop vieux et probablement pourri, sur lequel il se hisse sur ses étriers, lâchera. Un dévissage de vingt mètres qui lui laissera, outre une méchante balâfre au coude droit, le corps tout endolori. Pourtant, courageusement, l'alpiniste continue son ascension.

Après un deuxième bivouac, en pleine paroi, il redémarre. "Il me reste un peu d'eau. J'en bois quelques gorgées et referme minutieusement la gourde. Après avoir plié mon matériel, attaché le sac au bout du monte-charge, j'attaque la première longueur du dièdre. Le départ est assez pénible. Les membres sont raides ; il faut se remettre dans le coup. Au bout de quelques mètres, ça va un peu mieux. Mon bras droit fait ce qu'il peut, le gauche fonctionne bien. Assez vite, je m'y adapte.Le dièdre de quatre-vingt-dix mètres, dont les lignes élancées vont se perdre dans d'énormes surplombs, est le passage le plus beau de la paroi." L'ascension se poursuit. "La délicate traversée et voici le Verrou. La soif me tourmente à nouveau. (...)Pour ce passage, pas d'auto-assurance. Il y a deux petits surplombs.(...) Grimper calmement, en technique : le vide est mon domaine, celui de tous les alpinistes. Sans vide, il n'y aurait pas d'alpinistes. Chaque geste compte, le moindre déplacement du pied, de la main, d'une épaule, pèse aussi lourd qu'une vie."

Enfin, le passage délicat est franchi, suivi, très rapidement, de superbes longueurs. Puis ce sera la face nord et l'escalade crampons aux pieds. Et enfin, le sommet et la victoire.

"(...) Lentement, je commence à descendre. Je me sens complètement vidé. J'ai cependant conscience qu'il faut être plus prudent que jamais et, volontairement, je ralentis ce retour que je désirerais rapide. Mon bras droit ne veut plus rien savoir. Il me faut faire les rappels d'une seule main. J'atteins les Flammes de Pierre en même temps que la nuit."